Conseils de quartiers impression

Les associations dans les conseils de quartier : stratégies d’intégration

Extrait du guide Conseils de quartier

samedi 29 janvier 2005
Les différences entre associations induisent des postures et des contributions distinctes dans un conseil de quartier, en fonction de leur identité propre, de l’histoire locale dans laquelle elles se sont intégrées et du mode de constitution de l’instance participative de quartier. Oui ou non, faut-il qu’un membre d’association la représente dans un conseil de quartier ? Exemples de réponses entendues pour justifier des positions très variées.

"Ce sont les habitants qu’on veut rencontrer, pas les organisations déjà structurées. " Le constat est juste, s’agissant des organisations délégataires de services dont les permanents salariés risquent d’être davantage des agents d’une logique descendante que les promoteurs d’expression citoyenne ascendante. Il l’est moins quand l’association a justement pour but de créer des liens sociaux rendant visibles un problème local et les modalités de sa résolution.

" Ce sont toujours les mêmes qui se rencontrent " est une version plus aigre du précédent. Elle tend à montrer que les associations, quoique personnes morales privées, font partie de la technostructure locale aux côtés des élus, des services... qui peuvent empêcher une parole citoyenne d’aboutir directement. Pointe derrière cette assertion la critique de l’État, libérale ou anarcho-syndicaliste. Rappelons qu’une organisation tend à tout mettre en œuvre pour ronronner. Pourtant, les conditions de sa pérennisation passent par l’intégration, même douloureuse sur le moment, de nouvelles voix, d’abord malhabiles et souvent regardées comme impertinentes, puis acceptées petit à petit comme moteur indispensable.

Plus radicale encore est la phrase " Entre l’élu et le citoyen, pas d’intermédiaire ", souvent couplée avec " Les associations ne sont plus ce qu’elles étaient. " Elles doivent être comprises comme un procès fait aux associations, qui seraient devenues des écrans plus que des passerelles dans une démocratie malade. C’est oublier que nombre de nos élus ont été formés à l’école associative et qu’entre le pseudo silence social décrit par certains sourds qui ne veulent rien entendre et l’explosion radicale que pourrait représenter la renégociation d’un contrat social, les associations assurent quotidiennement un indispensable lien de proximité.

" Avant de se préoccuper de démocratie locale, qu’elles regardent leur fonctionnement interne. " Une association a d’autant plus de poids dans une assemblée consultative locale qu’elle est elle-même un organe permanent de débat sur des questions internes, autant que sur ses rapports avec son environnement. Cette critique vaut pour nombre d’organisations qui se sont bloquées dans des questions de gestion (financière, de personnel, de pouvoirs internes).

" Elles sont déjà en relation avec la municipalité, elles n’ont pas besoin de ce nouvel espace. " Il est vrai qu’une association qui souhaite débattre avec la ville de son utilité sociale locale pourra avoir tendance à resserrer le débat autour des thèmes qui l’intéressent exclusivement en confisquant la parole à d’autres. A contrario, le conseil de quartier peut être un lieu de visibilité du dialogue entre une municipalité et une association, voire un acte salutaire pour cette dernière apprenant à (ré)ouvrir les yeux sur le quartier dans lequel elle est implantée.

" Forces vives locales, elles sont un intermédiaire utile entre l’élu et le citoyen. " Venant d’élus, la remarque vaut surtout pour des associations avec lesquelles le dialogue est satisfaisant, et plus rapidement productif que celui que pourrait avoir un édile avec un habitant. Venant d’habitants ou de leaders d’opinion, elle signifie que l’implantation sociale de l’association est reconnue et que ses membres sont jugés de bons porte-parole. Question subsidiaire : qui a donné mandat d’intermédiaire à ces " forces vives " ?

" Les associations, elles ronronnent. " Surtout depuis que vous n’en êtes plus membre éminent ?, serait-on tenté de répondre. Tout bouge, et pour peu qu’un acteur tente de stabiliser sa position, en devenant dépositaire d’un mandat, par exemple, il souhaitera immanquablement que le monde se réorganise autour de celui-ci ou vous l’entendrez gémir " tout fout le camp ! "

" On ne va tout de même pas offrir une estrade à notre opposition ! " Outre que cette remarque suggère que l’estrade en question - le conseil de quartier - est érigée par la majorité pour servir à la majorité, le soupçon sous-jacent qui demeure est celui qui désigne les associations comme le paravent d’une opposition politique masquée, l’objet social une carte de notabilité masquant des desseins moins avouables. La sagesse populaire nous apprend qu’on ne prête qu’aux riches. Cette richesse ne peut elle être investie dans le débat public ? L’intérêt d’un argumentaire contradictoire ne réside-t-il pas dans l’intelligence des contradicteurs ?

Il semble, pour conclure, que placer les associations dans le triangle vertueux des relations entre élus, habitants et techniciens relève avant tout d’un diagnostic local précis et d’une irremplaçable négociation entre acteurs. Ceux-ci doivent viser à sortir de deux écueils : la vision angélique qui entoure d’une aura bienfaitrice le bénévole, adhérent sympathique et volontaire, l’organisation non lucrative, la structure proche de l’habitant, le mieux-disant social ; la vision diabolique qui accroche une queue de perversité à ce même bénévole, un soupçon d’illégitimité politique à l’adhérent, de détournement d’objet social ou de dérive institutionnelle éloignant l’association des habitants.

L’Adels est preneur d’expériences positives ou négatives d’associations dans les conseils de quartier
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